
Qu'avait-je de si différent de vous pour mériter ce sort ?
Qu'avait-je de si différent de vous pour mériter cette vie ?
Moi aussi j'aimais ma mère, autant que vous vous aimez la votre
Moi aussi j'aimais la vie, autant que vous vous aimez la votre
Moi aussi j'aimais la liberté, autant que vous, vous apportez d'importance à la votre.
Moi aussi j'aurais voulu connaître le bonheur, autant que vous recherchez désespérément le votre.
Du jour de ma naissance, contrairement à la votre
Mon avenir était tout tracé.
Par ce que vous en aviez décidé ainsi.
Par ce que mon corps consommable, entre autres,
avait pour moi effacée
l'idée que que je puisse vivre aussi.?
Je sais bien qu'il faut manger pour vivre.
Et que "le lion mange bien la gazelle"
Mais lui n'a pas mis au point cette ignominie
d'engraisser sa proie, de la choyer pendant des mois
pour mieux mettre fin à sa vie
une fois son âge atteint, son poids requis
sans parler que lui n'a pas d'autres choix
sur ces images(non mises), je suis dans ce couloir de la mort.
Tout est pensé : sans retour, sans échappatoire, sans issue.
Mon frère, devant moi, va disparaître derrière cette porte.
Je sais trop bien ce qui lui arrive, je sens sa terreur.
j'entend son souffle, sa crainte et ses cris
Comme j'aimerais passer pour le rejoindre, le rassurer de ma présence
Mais la porte est fermée... me séparant de lui à jamais.
Mes entailles me font mal, et je me suis laissée aller...
Pardonnez-moi, j'ai tellement peur
N'y à t'il personne pour me libérer
de ses minutes de terreur qui me paraissent des heures...
...Mon tour est venu
Passée la porte, je ne sais plus..
Car cet abattoir est "aux normes"
Il parait qu'il est des lieux où on vous découpe vivants....
Il parait qu'il est des lieux où on vous égorge dans la rue...
Pardon, vous ne saviez pas, vous ne pouviez rien faire....
Mon corps a aujourd'hui disparu...
Disparu dans vos assiettes et vos estomacs affamés sans scrupules.
Sentiez-vous ma douleur dans votre bouche, qui mastiquait sans remords
Demain, le croiserez vous peur être dans la rue?
Sous vos pieds ou vos corps ô combien ridicules
Qui osent se couvrir de ce qui vous fait si peur : la mort !