MEMBRES DANS LE GROUPE
MESSAGES SUR LE MUR
    
        Aucune image, montage, texte: bref: rien de cette fiche ne doit être copié sous peine d'appel immédiat de modérateur. Sachant que je me donne beaucoup de mal pour cette fiche, cette règle me semble évidente mais bon....  
En tout cas, vous êtes prévenus, à la moindre copie quelle qu'elle soit (intégrale ou partielle, d'un texte comme d'une image) vous serez poursuivis , et je ne lâche pas prise facilement!!  *grrrrrrrr*

Merci  

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Désolée pour cette entrée en matière un peu abrupte, mais je n'ai vraiment pas envie d'avoir de mauvaises surprises comme ça m'est malheureusement déjà arrivé, alors maintenant je suis méfiante

Maintenant, j'espère avoir été claire, et vous laisse vous ravir l'esprit et les yeux à la lecture de cette fiche consacrée à l'Art. J'espère qu'elle vous plaira et que vous passerez un beau moment de rêves !!!! 

                            





                                                Chers amateurs de poésie, bonjour !! Ce groupe est fait pour vous. 


Avertissement :

Vous pouvez vous inscrire à condition d'aimer réellement les Arts et notamment la poésie, ou de chercher à les découvrir. Sinon, ça ne vaut pas la peine: je préfère avoir peu de membres, mais passionnés, que toute une ribambelle de gens qui n'ont peut-être même jamais lu la fiche en entier et ne passent jamais voir les changements du groupe. En effet, mon but est d'arriver à une discussion réelle et poussée avec tous les membres sur la poésie, et j'attends d'eux un investissement dans la vie du groupe. Si vous ne vous sentez pas prêts à tout cela, vous pouvez vous contenter de passer sur la fiche et/ou de poster sur le mur du groupe au sujet de la poésie ou des Arts en général ( pas de hors-sujet, ce groupe vise uniquement le domaine artistique, pas d'annonces ni de jeux ni rien d'autre , il y a un forum et même des groupes spécialement conçus pour ça, merci de ne pas encombrer inutilement ma messagerie, celle des membres du groupe ou le mur, merci beaucoup !!!!). J'ai conscience que c'est un groupe tout à fait particulier, qui n'attirera pas beaucoup de personnes, et d'une certaine façon c'est bien comme cela, alors par pitié ne vous inscrivez pas uniquement pour me faire plaisir ou pour toute autre raison non-valable, merci!!! 
A priori, il n'y aura ni concours de mascotte, ni votes ou quizz ou jeux sans rapport au thème du groupe, j'essaie de sortir du cadre fermé de dogzer pour faire un groupe plus personnel, merci !! (je ne veux pas avoir à supprimer des annonces quelconques importunes ici, j'espère être claire)


Fondatrice : Lima6



Sommaire:



1. Les grands classiques

2. Libre cours à votre inspiration !!! 

(3. Remarques, expériences personnelles si vous le désirez sur la poésie....)

 4. : petite ouverture sur les autres arts: musique, peinture etc.... 

Et une petite conclusion citations-proverbes: des phrases musicales qui résonneront longtemps dans votre âme.






Pour l'instant, groupe en projet, en construction.... merci de votre compréhension et de votre soutien pour en faire un groupe complet, ouvert et intéressant.


                                                                                                                                                                                                    

I) Grandes poésies classiques


Petite intro: pour l'instant je ne sais pas comment ranger dans l'ordre ces poèmes (par thème, par auteur, ou par ordre chronologique, alors si vous avez des idées, elles sont les bienvenues par mp ou sur le mur du groupe merci !!). Pour l'instant je vais essayer de mettre les poèmes les plus connus, et c'est vraiment difficile: si vous trouvez un oubli qui vous semble majeur, ou une critique ou un conseil importent ou non, encore une fois dites-le, j'essaie d'être la plus souple possible aux avis des membres !!!! 
  
Pour l'instant, donc, voici les quelques poèmes que j'ai retenus ici:


Les poètes :  

                                                                



A compléter !!!! 


                                              

A compléter !!!!!


   

A compléter !!!!!





Quelques poèmes



L'homme et la mer

Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.


Tu te plais à plonger au sein de ton image ;

Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur

Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.


Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :

Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;

Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,

Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !


Et cependant voilà des siècles innombrables

Que vous vous combattez sans pitié ni remord,

Tellement vous aimez le carnage et la mort,

Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !


Charles Beaudelaire



L'albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.


A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !


Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.


Charles Beaudelaire




Le Pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu’il m’en souvienne

La joie venait toujours après la peine


Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure


L’amour s’en va comme cette eau courante

L’amour s’en va

Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine


Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Guillaume Appolinaire ( amour-solitude)




La Chanson du Mal-aimé

à Paul Léautaud.


Et je chantais cette romance

En 1903 sans savoir

Que mon amour à la semblance

Du beau Phénix s'il meurt un soir

Le matin voit sa renaissance.


Un soir de demi-brume à Londres

Un voyou qui ressemblait à

Mon amour vint à ma rencontre

Et le regard qu'il me jeta

Me fit baisser les yeux de honte


Je suivis ce mauvais garçon

Qui sifflotait mains dans les poches

Nous semblions entre les maisons

Onde ouverte de la Mer Rouge

Lui les Hébreux moi Pharaon


Oue tombent ces vagues de briques

Si tu ne fus pas bien aimée

Je suis le souverain d'Égypte

Sa soeur-épouse son armée

Si tu n'es pas l'amour unique


Au tournant d'une rue brûlant

De tous les feux de ses façades

Plaies du brouillard sanguinolent

Où se lamentaient les façades

Une femme lui ressemblant


C'était son regard d'inhumaine

La cicatrice à son cou nu

Sortit saoule d'une taverne

Au moment où je reconnus

La fausseté de l'amour même


Lorsqu'il fut de retour enfin

Dans sa patrie le sage Ulysse

Son vieux chien de lui se souvint

Près d'un tapis de haute lisse

Sa femme attendait qu'il revînt


L'époux royal de Sacontale

Las de vaincre se réjouit

Quand il la retrouva plus pâle

D'attente et d'amour yeux pâlis

Caressant sa gazelle mâle


J'ai pensé à ces rois heureux

Lorsque le faux amour et celle

Dont je suis encore amoureux

Heurtant leurs ombres infidèles

Me rendirent si malheureux


Regrets sur quoi l'enfer se fonde

Qu'un ciel d'oubli s'ouvre à mes voeux

Pour son baiser les rois du monde

Seraient morts les pauvres fameux

Pour elle eussent vendu leur ombre


J'ai hiverné dans mon passé

Revienne le soleil de Pâques

Pour chauffer un coeur plus glacé

Que les quarante de Sébaste

Moins que ma vie martyrisés


Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

Dans une onde mauvaise à boire

Avons-nous assez divagué

De la belle aube au triste soir


Adieu faux amour confondu

Avec la femme qui s'éloigne

Avec celle que j'ai perdue

L'année dernière en Allemagne

Et que je ne reverrai plus


Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses


Je me souviens d'une autre année

C'était l'aube d'un jour d'avril

J'ai chanté ma joie bien-aimée

Chanté l'amour à voix virile

Au moment d'amour de l'année


- AUBADE -

CHANTÉE A LÆTARE, UN AN PASSÉ


C'est le printemps viens-t'en Pâquette

Te promener au bois joli

Les poules dans la cour caquètent

L'aube au ciel fait de roses plis

L'amour chemine à ta conquête


Mars et Vénus sont revenus

Ils s'embrassent à bouches folles

Devant des sites ingénus

Où sous les roses qui feuillolent

De beaux dieux roses dansent nus


Viens ma tendresse est la régente

De la floraison qui paraît

La nature est belle et touchante

Pan sifflote dans la forêt

Les grenouilles humides chantent


- -


Beaucoup de ces dieux ont péri

C'est sur eux que pleurent les saules

Le grand Pan l'amour Jésus-Christ

Sont bien morts et les chats miaulent

Dans la cour je pleure à Paris


Moi qui sais des lais pour les reines

Les complaintes de mes années

Des hymnes d'esclave aux murènes

La romance du mal aimé

Et des chansons pour les sirènes


L'amour est mort j'en suis tremblant

J'adore de belles idoles

Les souvenirs lui ressemblant

Comme la femme de Mausole

Je reste fidèle et dolent


Je suis fidèle comme un dogue

Au maître le lierre au tronc

Et les Cosaques Zaporogues

Ivrognes pieux et larrons

Aux steppes et au décalogue


Portez comme un joug le Croissant

Qu'interrogent les astrologues

Je suis le Sultan tout-puissant

O mes Cosaques Zaporogues

Votre Seigneur éblouissant


Devenez mes sujets fidèles

Leur avait écrit le Sultan

Ils rirent à cette nouvelle

Et répondirent à l'instant

A la lueur d'une chandelle





Les Colchiques

Le pré est vénéneux mais joli en automne

Les vaches y paissant

Lentement s'empoisonnent

Le colchique couleur de cerne et de lilas

Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-la

Violâtres comme leur cerne et comme cet automne

Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne


Les enfants de l'école viennent avec fracas

Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica

Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères

Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières

Qui battent comme les fleurs battent au vent dément


Le gardien du troupeau chante tout doucement

Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent

Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne


Guillaume Appolinaire (saison-nature)



Nuit rhénane

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme

Écoutez la chanson lente d’un batelier

Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes

Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds


Debout chantez plus haut en dansant une ronde

Que je n’entende plus le chant du batelier

Et mettez près de moi toutes les filles blondes

Au regard immobile aux nattes repliées

le Rhin est ivre où les vignes se mirent

Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter

La voix chante toujours à en râle-mourir

Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire


Guillaume Appolinaire (alcool-plantes)



Cors de chasse

Notre histoire est noble et tragique

Comme le masque d’un tyran

Nul drame hasardeux ou magique

Aucun détail indifférent

Ne rend notre amour pathétique

Et Thomas de Quincey buvant

L’opium poison doux et chaste

À sa pauvre Anne allait rêvant

Passons passons puisque tout passe

Je me retournerai souvent

Les souvenirs sont cors de chasse

Dont meurt le bruit parmi le vent

Guillaume Appolinaire (amour-souvenir)



Signe

Je suis soumis au Chef du Signe de l'Automne

Partant j'aime les fruits je déteste les fleurs

Je regrette chacun des baisers que je donne

Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs


Mon Automne éternelle ô ma saison mentale

Les mains des amantes d'antan jonchent ton sol

Une épouse me suit c'est mon ombre fatale

Les colombes ce soir prennent leur dernier vol


Guillaume Appolinaire (amour-saison)







MA BOHÈME (FANTAISIE) (Arthur Rimbaud)


Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées; 
Mon paletot aussi devenait idéal ; 
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal; 
Oh! là! là! que d'amours splendides j'ai rêvées! 
Mon unique culotte avait un large trou. 
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course 
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. 
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou 
Et je les écoutais, assis au bord des routes, 
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes 
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur; 
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, 
Comme des lyres, je tirais les élastiques, 
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur! 

1870. 





MORTS DE QUATRE-VINGT-DOUZE... (Arthur Rimbaud)


Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize, 
Qui, pâles du baiser fort de la liberté, 
Calmes, sous vos sabots, brisiez le joug qui pèse 
Sur l'âme et sur le front de toute humanité ; 
Hommes extasiés et grands dans la tourmente, 
Vous dont les cœurs sautaient d'amour sous les haillons, 
O soldats que la Mort a semés, noble Amante, 
Pour les régénérer, dans tous les vieux sillons; 
Vous dont le sang lavait toute grandeur salie, 
Morts de Valmy, morts de Fleurus, morts d'Italie, 
Ô millions de Christs aux yeux sombres et doux, 
Nous vous laissions dormir avec la République, 
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique. 
-Messieurs, de Cassagnac nous reparle de vous ! 

17 juillet 1870. 







LE DORMEUR DU VAL (Arthur Rimbaud)


C'est un trou de verdure, où chante une rivière, 
Accrochant follement aux herbes des haillons 
D'argent; où le soleil, de la montagne fière, 
Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons. 
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, 
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, 
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, 
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut. 
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme 
Sourirait un enfant malade, il fait un somme: 
Nature, berce-le chaudement : il a froid. 
Les parfums ne font pas frissonner sa narine. 
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine 
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. 

Octobre 1870. 






CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR (Arthur Rimbaud)


Oisive jeunesse 
A tout asservie , 
Par délicatesse 
J'ai perdu ma vie. 
Ah ! Que le temps vienne 
Où les cœurs s'éprennent. 
Je me suis dit : laisse, 
Et qu'on ne te voie: 
Et sans la promesse 
De plus hautes joies. 
Que rien ne t'arrête, 
Auguste retraite. 
J'ai tant fait patience 
Qu'à jamais j'oublie; 
Craintes et souffrances 
Aux cieux sont parties. 
Et la soif malsaine 
Obscurcit mes veines. 
Ainsi la Prairie 
A l'oubli livrée, 
Grandie, et fleurie 
D'encens et d'ivraies 
Au bourdon farouche 
De cent sales mouches. 
Ah! Mille veuvages 
De la si pauvre âme 
Qui n'a que l'image 
De la Notre-Dame ! 
Est-ce que l'on prie 
La Vierge Marie ? 
Oisive jeunesse 
A tout asservie, 
Par délicatesse 
J'ai perdu ma vie. 
Ah ! que le temps vienne 
Où les cœurs s'éprennent ! 

Mai 1872 




ENFANCE (Arthur Rimbaud)



Cette idole, yeux noirs et crin jaune, sans parents ni cour, plus noble que la fable, mexicaine et flamande ; son domaine, azur et verdure insolents, court sur des plages nommées, par des vagues sans vaisseaux, de noms férocement grecs, slaves, celtiques.
À la lisière de la forêt, -les fleurs de rêve tintent, éclatent, éclairent, -la fille à lèvre d'orange, les genoux croisés dans le clair déluge qui sourd des prés, nudité qu'ombrent, traversent et habillent les arcs-en-ciel, la flore, la mer. 
Dames qui tournoient sur les terrasses voisines de la mer; enfantes et géantes, superbes noires dans la mousse vert-de-gris, bijoux debout sur le sol gras des bosquets et des jardinets dégelés, -jeunes mères et grandes sœurs aux regards pleins de pèlerinages, sultanes, princesses de démarche et de costume tyranniques, petites étrangères et personnes doucement malheureuses. 
Quel ennui, l'heure du « cher corps » et « cher cœur » ! 

II 
C'est elle, la petite morte, derrière les rosiers. -La jeune maman trépassée descend le perron. La calèche du cousin crie sur le sable. - Le petit frère - (il est aux Indes !) là, devant le couchant, sur le pré d'œillets. -Les vieux qu'on a enterrés tout droits dans le rempart aux giroflées. 
L'essaim des feuilles d'or entoure la maison du général. Ils sont dans le midi. - On suit la route rouge pour arriver à l'auberge vide. Le château est à vendre ; les persiennes sont détachées. - Le curé aura emporté la clef de l'église. -Autour du parc, les loges des gardes sont inhabitées. Les palissades sont si hautes qu'on ne voit que les cimes bruissantes. D'ailleurs il n'y a rien à voir là-dedans. 
Les prés remontent aux hameaux sans coqs, sans enclumes. L'écluse est levée. ô les calvaires et les moulins du désert, les îles et les meules ! 
Des fleurs magiques bourdonnaient. Les talus le berçaient. Des bêtes d'une élégance fabuleuse circulaient. Les nuées s'amassaient sur la haute mer faite d'une éternité de chaudes larmes. 

III 
Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir. 
Il y a une horloge qui ne sonne pas. 
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches. 
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte. 
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis ou qui descend le sentier en courant, enrubannée. 
Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois. 
Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse. 

IV 
Je suis le saint, en prière sur la terrasse, comme les bêtes pacifiques paissent jusqu'à la mer de Palestine. 
Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque. 
Je suis le piéton de la grand'route par les bois nains la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d'or du couchant. 
Je serais bien l'enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet suivant l'allée dont le front touche le ciel. 
Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L'air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant. 


Qu'on me loue enfin ce tombeau, blanchi à la chaux avec les lignes du ciment en relief, -très loin sous terre. 
Je m'accoude à la table, la lampe éclaire très vivement ces journaux que je suis idiot de relire, ces livres sans intérêt. - 
À une distance énorme au-dessus de mon salon souterrain, les maisons s'implantent, les brumes s'assemblent. La boue est rouge ou noire. Ville monstrueuse, nuit sans fin! 
Moins haut, sont des égouts. Aux côtés, rien que l'épaisseur du globe. Peut-être les gouffres d'azur, des puits de feu. C'est peut-être sur ces plans que se rencontrent lunes et comètes, mers et fables. 
Aux heures d'amertume, je m'imagine des boules de saphir, de métal. Je suis maître du silence. Pourquoi une apparence de soupirail blêmirait-elle au coin de la voûte ?






L'ÉTERNITÉ (Arthur Rimbaud)


Elle est retrouvée. 
Quoi ? - L'Éternité. 
C'est la mer allée 
Avec le soleil. 

Âme sentinelle, 
Murmurons l'aveu 
De la nuit si nulle 
Et du jour en feu. 
Des humains suffrages, 
Des communs élans, 
Là tu te dégages 
Et voles selon. 
Puisque de vous seules, 
Braises de satin, 
Le Devoir s'exale 
Sans qu'on dise : enfin. 
Là pas d'espérance, 
Nul orietur. 
Science avec patience, 
Le supplice est sûr. 

Elle est retrouvée. 
Quoi ? - L'Éternité. 
C'est la mer allée 
Avec le soleil. 

Mai 1872. 






LARME (Arthur Rimbaud)


Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises, 
Je buvais à genoux dans quelque bruyère 
Entourée de tendres bois de noisetiers, 
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert. 
Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise, 
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert, 
Que tirais-je à la gourde de colocase? 
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer. 
Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge. 
Puis l'orage changea le ciel jusqu'au soir . 
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches, 
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares. 
L'eau des bois se perdait sur les sables vierges. 
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares... 
Or! tel qu'un pêcheur d'or et de coquillages, 
Dire que je n'ai pas eu souci de boire! 

Mai 1872. 






LE BATEAU IVRE (Arthur Rimbaud)


Comme je descendais des Fleuves impassibles, 
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs: 
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles, 
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs. 
J'étais insoucieux de tous les équipages, 
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais. 
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages, 
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais. 
Dans les clapotements furieux des marées, 
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants, 
Je courus ! Et les Péninsules démarrées 
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants. 
La tempête a béni mes éveils maritimes. 
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots 
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes, 
Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots ! 
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres, 
L'eau verte pénétra ma coque de sapin 
Et des taches de vins bleus et des vomissures 
Me lava, dispersant gouvernail et grappin. 
Et, dès lors, je me suis baigné dans le Poème 
De la mer, infusé d'astres, et lactescent, 
Dévorant les azurs verts; où, flottaison blême 
Et ravie, un noyé pensif parfois descend; 
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires 
Et rythmes lents sous les rutilements du jour, 
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres, 
Fermentent les rousseurs amères de l'amour ! 
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes 
Et les ressacs, et les courants : je sais le soir, 
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, 
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir ! 
J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques, 
Illuminant de longs figements violets, 
Pareils à des acteurs de drames très-antiques 
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets! 

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, 
Baisers montant aux yeux des mers avec lenteurs, 
La circulation des sèves inouïes, 
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs! 
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries 
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs, 
Sans songer que les pieds lumineux des Maries 
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs! 
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides 
Mêlant au fleurs des yeux de panthères à peaux 
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides 
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux! 
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses 
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! 
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces, 
Et les lointains vers les gouffres cataractant ! 
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises ! 
Échouages hideux au fond des golfes bruns 
Où les serpents géants dévorés des punaises 
Choient, des arbres tordus avec de noirs parfums ! 
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades 
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants. 
-Des écumes de fleurs ont béni mes dérades 
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants. 
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, 
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux 
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes 
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux ... 
Presque île, ballottant sur mes bords les querelles 
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds, 
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles 
Des noyés descendaient dormir à reculons! 

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, 
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau, 
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses 
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau; 
Libre, fumant, monté de brumes violettes, 
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur 
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, 
Des lichens de soleil et des morves d'azur, 
Qui courais, taché de lunules électriques, 
Planche folle, escorté des hippocampes noirs, 
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques 
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs; 
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues 
Le rut des Béhémots et des Maelstroms épais, 
Fileur éternel des immobilités bleues, 
Je regrette l'Europe aux anciens parapets ! 
J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles 
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : 
- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles, 
Millions d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ? 
Mais, vrai, j'ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes. 
Toute lune est atroce et tout soleil amer : 
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. 
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer ! 

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache 
Noire et froide où, vers le crépuscule embaumé 
Un enfant accroupi, plein de tristesses, lâche 
Un bateau frêle comme un papillon de mai. 
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames, 
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, 
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, 
Ni nager sous les yeux horribles des pontons ! 

1871. 






LE BUFFET (Arthur Rimbaud)


C'est un large buffet sculpté ; le chêne sombre, 
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens; 
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre 
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ; 
Tout plein, c'est un fouillis de vieilles vieilleries, 
De linges odorants et jaunes, de chiffons 
De femmes ou d'enfants, de dentelles flétries, 
De fichus de grand'mère où sont peints des griffons; 
- C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mèches 
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches 
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits. 
- Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires, 
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis 
Quand s'ouvrent lentement tes grandes portes noires. 

Octobre 1870. 





LE LOUP CRIAIT... (Arthur Rimbaud)


Le loup criait sous les feuilles 
En crachant les belles plumes 
De son repas de volailles : 
Comme lui je me consume. 
Les salades, les fruits 
N'attendent que la cueillette ; 
Mais l'araignée de la haie 
Ne mange que des violettes. 
Que je dorme ! que je bouille 
Aux autels de Salomon. 
Le bouillon court sur la rouille, 
Et se mêle au Cédron. 

1872. 







LES CORBEAUX (Arthur Rimbaud)


Seigneur, quand froide est la prairie, 
Quand dans les hameaux abattus, 
Les longs angélus se sont tus... 
Sur la nature défleurie 
Faites s'abattre des grands cieux 
Les chers corbeaux délicieux. 
Armée étrange aux cris sévères, 
Les vents froids attaquent vos nids! 
Vous, le long des fleuves jaunis, 
Sur les routes aux vieux calvaires, 
Sur les fossés et sur les trous, 
Dispersez-vous, ralliez-vous ! 
Par milliers, sur les champs de France, 
Où dorment les morts d'avant-hier, 
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver, 
Pour que chaque passant repense! 
Sois donc le crieur du devoir, 
O notre funèbre oiseau noir ! 
Mais, saints du ciel, en haut du chêne, 
Mât perdu dans le soir charmé, 
Laissez les fauvettes de mai 
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne, 
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir, 
La défaite sans avenir ! 

1871. 






LES EFFARÉS (Arthur Rimbaud)


Noirs dans la neige et dans la brume, 
Au grand soupirail qui s'allume, 
Leurs culs en rond, 
A genoux, cinq petits - misère! - 
Regardent le boulanger faire 
Le lourd pain blond... 
Ils voient le fort bras blanc qui tourne 
La pâte grise, et qui l'enfourne 
Dans un trou clair. 
Ils écoutent le bon pain cuire. 
Le boulanger au gras sourire 
Chante un vieil air. 
Ils sont blottis, pas un ne bouge, 
Au souffle du soupirail rouge 
Chaud comme un sein. 
Et quand, pendant que minuit sonne, 
Façonné, pétillant et jaune, 
On sort le pain, 
Quand, sous les poutres enfumées, 
Chantent les croûtes parfumées, 
Et les grillons, 
Que ce trou chaud souffle la vie, 
Ils ont leur âme si ravie 
Sous leurs haillons, 
Ils se ressentent si bien vivre, 
Les pauvres Jésus pleins de givre ! 
- Qu'ils sont là, tous, 
Collant leurs petits museaux roses 
Au grillage, grognant des choses 
Entre les trous, 
Mais bien bas, - comme une prière... 
Repliés vers cette lumière 
Du ciel rouvert, 
- Si fort, qu'ils crèvent leur culotte, 
- Et que leur lange blanc tremblote 
Au vent d'hiver... 

1870. 




LES ÉTRENNES DES ORPHELINS (Arthur Rimbaud)



La chambre est pleine d'ombre; on entend vaguement 
De deux enfants le triste et doux chuchotement. 
Leur front se penche, encore alourdi par le rêve, 
Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève... 
- Au dehors, les oiseaux se rapprochent frileux ; 
Leur aile s'engourdit sous le ton gris des cieux. 
Et la nouvelle année, à la suite brumeuse, 
Laissant traîner les plis de sa robe neigeuse, 
Sourit avec des pleurs et chante en grelottant... 

II 
Or les petits enfants, sous le rideau flottant, 
Parlent bas comme on fait dans une nuit obscure. 
Ils écoutent, pensifs, comme un lointain murmure... 
Ils tressaillent souvent à la claire voix d'or 
Du timbre matinal, qui frappe et frappe encor 
Son refrain métallique en son globe de verre... 
- Puis la chambre est glacée; on voit traîner à terre, 
Épars autour des lits, des vêtements de deuil: 
L'âpre bise d'hiver, qui se lamente au seuil 
Souffle dans le logis son haleine morose! 
On sent, dans tout cela, qu'il manque quelque chose... 
- Il n'est donc point de mère à ces petits enfants, 
De mère au frais sourire, aux regards triomphants ? 
Elle a donc oublié, le soir, seule et penchée, 
D'exciter une flamme à la cendre arrachée, 
D'amonceler sur eux la laine et l'édredon 
Avant de les quitter, en leur criant : pardon. 
Elle n'a point prévu la froideur matinale, 
Ni bien fermé le seuil à la bise hivernale?... 
Le rêve maternel, c'est le tiède tapis, 
C'est le nid cotonneux où les enfants tapis, 
Comme de beaux oiseaux que balancent les branches, 
Dorment leur doux sommeil plein de visions blanches!... 
- Et là, c'est comme un nid sans plumes, sans chaleur, 
Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur; 
Un nid que doit avoir glacé la bise amère... 

III 
Votre cœur l'a compris : ces enfants sont sans mère. 
Plus de mère au logis ; - et le père est bien loin!... 
Une vieille servante, alors, en a pris soin. 
Les petits sont tout seuls en la maison glacée; 
Orphelins de quatre ans, voilà qu'en leur pensée 
S'éveille, par degrés, un souvenir riant... 
C'est comme un chapelet qu'on égrène en priant: 
- Ah! quel beau matin, que ce matin des étrennes ! 
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes 
Dans quelque songe étrange où l'on voyait joujoux, 
Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux, 
Tourbillonner, danser une danse sonore, 
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore! 
On s'éveillait matin, on se levait joyeux, 
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux... 
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête, 
Les yeux tout rayonnants comme aux grands jours de fête, 
Et les petits pieds nus effleurant le plancher, 
Aux portes des parents tout doucement toucher... 
On entrait!... Puis, alors, les souhaits... en chemise, 
Les baisers répétés, et la gaîté permise ! 

IV 
Ah, c'était si charmant, ces mots dits tant de fois! 
- Mais comme il est changé, le logis d'autrefois: 
Un grand feu pétillait, clair dans la cheminée, 
Toute la vieille chambre était illuminée; 
Et les reflets vermeils, sortis du grand foyer, 
Sur les meubles vernis aimaient à tournoyer... 
- L'armoire était sans clefs!... sans clefs la grande armoire! 
On regardait souvent sa porte brune et noire... 
Sans clefs!... c'était étrange!... on rêvait bien des fois 
Aux mystères dormant entre ses flancs de bois, 
Et l'on croyait ouïr, au fond de la serrure... 
Béante, un bruit lointain, vague et joyeux murmure... 
- La chambre des parents est bien vide, aujourd'hui: 
Aucun reflet vermeil sous la porte n'a lui; 
Il n'est point de parents, de foyer, de clefs prises: 
Partant, point de baisers, point de douces surprises! 
Oh, que le jour de l'an sera triste pour eux! 
- Et, tout pensifs, tandis que de leurs grands yeux bleus 
Silencieusement tombe une larme amère, 
Ils murmurent : «Quand donc reviendra notre mère ? » 


Maintenant, les petits sommeillent, tristement: 
Vous diriez, à les voir, qu'ils pleurent en dormant, 
Tant leurs yeux sont gonflés et leur souffle pénible! 
Les tout petits enfants ont le cœur si sensible ! 
Mais l'ange des berceaux vient essuyer leurs yeux, 
Et dans ce lourd sommeil met un rêve joyeux, 
Un rêve si joyeux que leur lèvre mi-close, 
Souriante, paraît murmurer quelque chose... 
- Ils rêvent que, penchés sur leur petit bras rond, 
Doux geste du réveil, ils avancent le front, 
Et leur vague regard tout autour d'eux se pose... 
Ils se croient endormis dans un paradis rose... 
Au foyer plein d'éclairs chante gaîment le feu.. 
Par la fenêtre, on voit là-bas un beau ciel bleu; 
La nature s'éveille et de rayons s'enivre... 
La terre, demi-nue, heureuse de revivre, 
A des frissons de joie aux baisers du soleil... 
Et, dans le vieux logis, tout est tiède et vermeil: 
Les sombres vêtements ne jonchent plus la terre, 
La bise sous le seuil a fini par se taire... 
On dirait qu'une fée a passé dans cela !... 
- Les enfants, tout joyeux, ont jeté deux cris... Là, 
Près du lit maternel, sous un beau rayon rose, 
Là, sur le grand tapis, resplendit quelque chose... 
Ce sont des médaillons argentés, noirs et blancs, 
De la nacre et du jais aux reflets scintillants; 
Des petits cadres noirs, des couronnes de verre, 
Ayant trois mots gravés en or : « À NOTRE MÈRE ! » 




LES RÉPARTIES DE NINA (Arthur Rimbaud)


LUI. - Ta poitrine sur ma poitrine, 
Hein ? nous irions, 
Ayant de l'air plein la narine, 
Aux frais rayons 
Du bon matin bleu, qui vous baigne 
Du vin de jour ?... 
Quand tout le bois frissonnant saigne 
Muet d'amour 
De chaque branche, gouttes vertes, 
Des bourgeons clairs, 
On sent dans les choses ouvertes 
Frémir des chairs: 
Tu plongerais dans la luzerne 
Ton long peignoir, 
Divine avec ce bleu qui cerne 
Ton grand œil noir, 
Amoureuse de la campagne, 
Semant partout, 
Comme une mousse de champagne, 
Ton rire fou: 
Riant à moi, brutal d'ivresse, 
Qui te prendrais 
Comme cela, - la belle tresse, 
Oh ! - qui boirais 
Ton goût de framboise et de fraise, 
O chair de fleur! 
Riant au vent vif qui te baise 
Comme un voleur, 
Au rose églantier qui t'embête 
Aimablement: 
Riant surtout, ô folle tête, 
À ton amant ! ... 
... 
Dix-sept ans! Tu seras heureuse! 
Oh! les grands prés, 
La grande campagne amoureuse! 
- Dis, viens plus près!... 
- Ta poitrine sur ma poitrine, 
Mêlant nos voix, 
Lents, nous gagnerions la ravine, 
Puis les grands bois!... 
Puis, comme une petite morte 
Le cœur pâmé, 
Tu me dirais que je te porte, 
L'œil mi-fermé... 
Je te porterais, palpitante, 
Dans le sentier: 
L'oiseau filerait son andante: 
Au Noisetier... 
Je te parlerais dans ta bouche; 
J'irais, pressant 
Ton corps, comme une enfant qu'on couche. 
Ivre du sang 
Qui coule, bleu, sous ta peau blanche 
Aux tons rosés: 
Et te parlant la langue franche... 
- Tiens ! - que tu sais... 
Nos grands bois sentiraient la sève, 
Et le soleil 
Sablerait d'or fin leur grand rêve 
Sombre et vermeil. 
... 
Le soir ?... Nous reprendrons la route 
Blanche qui court 
Flânant, comme un troupeau qui broute, 
Tout à l'entour 
Les bons vergers à l'herbe bleue, 
Aux pommiers tors! 
Comme on les sent toute une lieue 
Leurs parfums forts ! 

Nous regagnerons le village 
Au ciel mi-noir; 
Et ça sentira le laitage 
Dans l'air du soir; 
Ça sentira l'étable, pleine 
De fumiers chauds, 
Pleine d'un lent rythme d'haleine, 
Et de grands dos 
Blanchissant sous quelque lumière; 
Et, tout là-bas, 
Une vache fientera, fière, 
À chaque pas... 
- Les lunettes de la grand'mère 
Et son nez long 
Dans son missel; le pot de bière 
Cerclé de plomb, 
Moussant entre les larges pipes 
Qui, crânement, 
Fument: les effroyables lippes 
Qui, tout fumant, 
Happent le jambon aux fourchettes 
Tant, tant et plus: 
Le feu qui claire les couchettes 
Et les bahuts. 
Les fesses luisantes et grasses 
D'un gros enfant 
Qui fourre, à genoux, dans les tasses, 
Son museau blanc 
Frôlé par un mufle qui gronde 
D'un ton gentil, 
Et pourlèche la face ronde 
Du cher petit... 
Noire, rogue au bord de sa chaise, 
Affreux profil, 
Une vieille devant la braise 
Qui fait du fil ; 
Que de choses verrons-nous, chère, 
Dans ces taudis, 
Quand la flamme illumine, claire, 
Les carreaux gris !... 
- Puis, petite et toute nichée 
Dans les lilas 
Noirs et frais: la vitre cachée, 
Qui rit là-bas.. 
Tu viendras, tu viendras, je t'aime ! 
Ce sera beau. 
Tu viendras, n'est-ce pas ? et même... 

ELLE.- Et mon bureau ? 

15 août 1870 




MARINE (Arthur Rimbaud)


Les chars d'argent et de cuivre - 
Les proues d'acier et d'argent - 
Battent l'écume, - 
Soulèvent les souches des ronces. 
Les courants de la lande, 
Et les ornières immenses du reflux, 
Filent circulairement vers l'est, 
Vers les piliers de la forêt, - 
Vers les fûts de la jetée, 
Dont l'angle est heurté par des tourbillons de lumière. 





MATIN (Arthur Rimbaud)


N'eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d'or, -trop de chance ! Par quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle ? Vous qui prétendez que des bêtes poussent des sanglots de chagrin, que des malades désespèrent, que des morts rêvent mal, tâchez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi, je ne puis pas plus m'expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler ! 
Pourtant, aujourd'hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer. C'était bien l'enfer ; l'ancien, celui dont le fils de l'homme ouvrit les portes. 
Du même désert, à la même nuit, toujours mes yeux las se réveillent à l'étoile d'argent, toujours, sans que s'émeuvent les Rois de la vie, les trois mages, le cœur l'âme, l'esprit. Quand irons-nous, par delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition, adorer - les premiers ! - Noël sur la terre! 

Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves, ne maudissons pas la vie. 






MÉMOIRE (Arthur Rimbaud)



L'eau claire; comme le sel des larmes d'enfance, 
L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ; 
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes 
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ; 

l'ébat des anges ; - Non... le courant d'or en marche, 
meut ses bras, noirs, et lourds et frais surtout, d'herbe. Elle, 
sombre, ayant le ciel bleu pour ciel-de-lit, appelle 
pour rideaux l'ombre de la colline et de l'arche. 


II 
Eh ! l'humide carreau tend ses bouillons limpides ! 
L'eau meuble d'or pâle et sans fond les couches prêtes. 
Les robes vertes et déteintes des fillettes 
font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides. 
Plus pure qu'un louis, jaune et chaude paupière 
le souci d'eau - ta foi conjugale, ô l'Épouse ! - 
au midi prompt, de son terne miroir, jalouse 
au ciel gris de chaleur la Sphère rose et chère. 


III 
Madame se tient trop debout dans la prairie 
prochaine où neigent les fils du travail ; l'ombrelle 
aux doigts ; foulant l'ombelle ; trop fière pour elle ; 
des enfants lisant dans la verdure fleurie 
leur livre de maroquin rouge ! Hélas, Lui, comme 
mille anges blancs qui se séparent sur la route, 
s'éloigne par delà la montagne ! Elle, toute 
froide et noire, court ! après le départ de l'homme ! 


IV 
Regrets des bras épais et jeunes d'herbe pure ! 
Or des lunes d'avril au cœur du saint lit ! Joie 
des chantiers riverains à l'abandon, en proie 
aux soirs d'août qui faisaient germer ces pourritures ! 
Qu'elle pleure à présent sous les remparts ! l'haleine 
des peupliers d'en haut est pour la seule brise. 
Puis, c'est la nappe, sans reflets, source grise : 
un vieux, dragueur, dans sa barque immobile, peine. 



Jouet de cet œil d'eau morne, je n'y puis prendre, 
ô canot immobile ! oh ! bras trop courts ! ni l'une 
ni l'autre fleur ; ni la jaune qui m'importune, 
là ; ni la bleue, amis, à l'eau couleur de cendre. 
Ah ! la poudre des saules qu'une aile secoue ! 
Les roses des roseaux dès longtemps dévorées ! 
Mon canot toujours fixe ; et sa chaîne tirée 
Au fond de cet œil d'eau sans bords , -à quelle boue ? 

1872. 





MOUVEMENT (Arthur Rimbaud)


Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve, 
Le gouffre à l'étambot, 
La célérité de la rampe, 
L'énorme passade du courant, 
Mènent par les lumières inouïes 
Et la nouveauté chimique 
Les voyageurs entourés des trombes du val 
Et du strom. 
Ce sont les conquérants du monde 
Cherchant la fortune chimique personnelle ; 
Le sport et le comfort voyagent avec eux ; 
Ils emmènent l'éducation 
Des races, des classes et des bêtes, sur ce Vaisseau. 
Repos et vertige 
A la lumière diluvienne, 
Aux terribles soirs d'étude. 
Car de la causerie parmi les appareils, -le sang; les fleurs, le feu, les bijoux- 
Des comptes agités à ce bord fuyard, 
- On voit, roulant comme une digue au delà de la route hydraulique motrice, 
Monstrueux, s'éclairant sans fin, -leur stock d'études; 
Eux chassés dans l'extase harmonique, 
Et l'héroïsme de la découverte. 
Aux accidents atmosphériques les plus surprenants, 
Un couple de jeunesse s'isole sur l'arche, 
- Est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ? 
Et chante et se poste. 






MYSTIQUE (Arthur Rimbaud)


Sur la pente du talus, les anges tournent leurs robes de laine dans les herbages d'acier et d'émeraude. 
Des prés de flammes bondissent jusqu'au sommet du mamelon. À gauche, le terreau de l'arête est piétiné par tous les homicides et toutes les batailles, et tous les bruits désastreux filent leur courbe. Derrière l'arête de droite, la ligne des orients, des progrès. 
Et tandis que la bande en haut du tableau est formée de la rumeur tournante et bondissante des conques des mers et des nuits humaines, 
La douceur fleurie des étoiles et du ciel et du reste descend en face du talus, comme un panier, - contre notre face, et fait l'abîme fleurant et bleu là-dessous. 





Ô SAISONS, Ô CHÂTEAUX (Arthur Rimbaud)


Ô saisons, ô châteaux, 
Quelle âme est sans défauts ? 
J'ai fait la magique étude 
Du Bonheur que nul n'élude. 
Ô vive lui, chaque fois 
Que chante le coq gaulois. 
Mais ! je n'aurais plus d'envie, 
Il s'est chargé de ma vie. 
Ce Charme ! il prit âme et corps, 
Et dispersa tous efforts. 
Que comprendre à ma parole ? 
Il fait qu'elle fuie et vole ! 
Ô saisons, ô châteaux ! 
[Et, si le malheur m'entraîne, 
Sa disgrâce m'est certaine. 
Il faut que son dédain, las ! 
Me livre au plus prompt trépas! 
- Ô Saisons, ô châteaux! 

1872. 







QU'EST-CE POUR NOUS, MON CŒUR ... (Arthur Rimbaud)


Qu'est-ce pour nous, mon cœur, que les nappes de sang 
Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris 
De rage, sanglots de tout enfer renversant 
Tout ordre; et l'Aquilon encor sur les débris 
Et toute vengeance? Rien!... - Mais si, toute encor, 
Nous la voulons! Industriels, princes, sénats, 
Périssez! puissance, justice, histoire, à bas! 
Ça nous est dû. Le sang! le sang! la flamme d'or! 
Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur, 
Mon Esprit ! Tournons dans la Morsure : Ah! passez, 
Républiques de ce monde! Des empereurs, 
Des régiments, des colons, des peuples, assez ! 
Qui remuerait les tourbillons de feu furieux, 
Que nous et ceux que nous nous imaginons frères? 
A nous ! Romanesques amis : ça va nous plaire. 
Jamais nous ne travaillerons, ô flots de feux! 
Europe, Asie, Amérique, disparaissez. 
Notre marche vengeresse a tout occupé, 
Cités et campagnes! - Nous serons écrasés! 
Les volcans sauteront! Et l'océan frappé... 
Oh! mes amis! - mon cœur, c'est sûr, ils sont des frères: 
Noirs inconnus, si nous allions! allons! allons ! 
O malheur! je me sens frémir, la vieille terre, 
Sur moi de plus en plus à vous! la terre fond, 
Ce n'est rien! j'y suis! j'y suis toujours. 







RAGES DE CÉSARS (Arthur Rimbaud)


L'Homme pâle, le long des pelouses fleuries, 
Chemine, en habit noir, et le cigare aux dents: 
L'Homme pâle repense aux fleurs des Tuileries 
- Et parfois son œil terne a des regards ardents... 
Car l'Empereur est saoul de ses vingt ans d'orgie! 
Il s'était dit : «Je vais souffler la liberté 
Bien délicatement, ainsi qu'une bougie!» 
La Liberté revit! Il se sent éreinté! 
Il est pris. - Oh! quel nom sur ses lèvres muettes 
Tressaille ? Quel regret implacable le mord ? 
On ne le saura pas. L'Empereur a l'œil mort. 
Il repense peut-être au Compère en lunettes... 
- Et regarde filer de son cigare en feu, 
Comme aux soirs de Saint-Cloud, un fin nuage bleu. 

1870. 



ROMAN (Arthur Rimbaud)



On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans. 
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, 
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants ! 
On va sous les tilleuls verts de la promenade. 
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin ! 
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière. 
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin - 
A des parfums de vigne et des parfums de bière... 

II 
- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon 
D'azur sombre encadré d'une petite branche, 
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond 
Avec de doux frissons, petite et toute blanche ... 
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser. 
La sève est du champagne et vous monte à la tête... 
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser 
Qui palpite, là, comme une petite bête... 

III 
Le cœur fou robinsonne à travers les romans, 
- Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère, 
Passe une demoiselle aux petits airs charmants, 
Sous l'ombre du faux-col effrayant de son père... 
Et, comme elle vous trouve immensément naïf, 
Tout en faisant trotter ses petites bottines, 
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif... 
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines... 

IV 
Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août. 
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire. 
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût. 
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire!... 
Ce soir-là..., - vous rentrez aux cafés éclatants, 
Vous demandez des bocks ou de la limonade... 
- On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans 
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade. 

23 septembre 1870. 






SENSATION (Arthur Rimbaud)


Par les soirs bleus d'été j'irai dans les sentiers, 
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue : 
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds. 
Je laisserai le vent baigner ma tête nue. 
Je ne parlerai pas ; je ne penserai rien: 
Mais l'amour infini me montera dans l'âme, 
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien, 
Par la Nature, -heureux comme avec une femme. 

Mars 1870. 







TÊTE DE FAUNE (Arthur Rimbaud)


Dans la feuillée, écrin vert taché d'or, 
Dans la feuillée incertaine et fleurie 
D'énormes fleurs où l'âcre baiser dort, 
Vif et devant l'exquise broderie, 
Le faune affolé montre ses deux yeux 
Et mord les fleurs rouges avec ses dents blanches. 
Brunie et sanglante ainsi qu'un vin vieux 
Sa lèvre éclate en rires sous les branches. 
Et quand il a fui -tel qu'un écureuil - 
Son rire perle encore à chaque feuille 
Et l'on croit épeuré par un bouvreuil 
Le Baiser d'or du Bois qui, se recueille. 





VOYELLES (Arthur Rimbaud)


A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu: voyelles, 
Je dirai quelque jour vos naissances latentes. 
A, noir corset velu des mouches éclatantes 
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles, 
Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes, 
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles; 
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles 
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ; 
U, cycles, vibrements divins des mers virides, 
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides 
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux; 
O, suprême Clairon plein de strideurs étranges, 
Silences traversés des Mondes et des Anges: 
- Ô l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! 

1871. 



ALCHIMIE DE LA DOULEUR (Charles Baudelaire)


L'un t'éclaire avec son ardeur, 
L'autre en toi met son deuil, Nature! 
Ce qui dit à l'un: Sépulture! 
Dit à l'autre: Vie et splendeur! 

Hermès inconnu qui m'assistes 
Et qui toujours m'intimidas, 
Tu me rends l'égal des Midas, 
Le plus triste des alchimistes; 

Par toi je change l'or en fer 
Et le paradis en enfer; 
Dans le suaire des nuages 

Je découvre un cadavre cher, 
Et sur les célestes rivages 

Je bâtis de grands sarcophages 






CONFESSION (Charles Baudelaire)


Une fois, une seule, aimable et douce femme, 
A mon bras votre bras poli 
S'appuya (sur le fond ténébreux de mon âme 
Ce souvenir n'est point pâli); 

Il était tard ; ainsi qu'une médaille neuve 
La pleine lune s'étalait, 
Et la solennité de la nuit, comme un fleuve, 
Sur Paris dormant ruisselait. 

Et le long des maisons, sous les portes cochères, 
Des chats passaient furtivement, 
L'oreille au guet, ou bien, comme des ombres chères, 
Nous accompagnaient lentement. 

Tout à coup, au milieu de l'intimité libre 
Éclose à la pâle clarté, 
De vous, riche et sonore instrument où ne vibre 
Que la radieuse gaieté, 

De vous, claire et joyeuse ainsi qu'une fanfare 
Dans le matin étincelant, 
Une note plaintive, une note bizarre 
S'échappa, tout en chancelant 

Comme une enfant chétive, horrible, sombre, immonde, 
Dont sa famille rougirait, 
Et qu'elle aurait longtemps, pour la cacher au monde, 
Dans un caveau mise au secret. 

Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde : 
« Que rien ici-bas n'est certain, 
Et que toujours, avec quelque soin qu'il se farde, 
Se trahit l'égoïsme humain ; 

Que c'est un dur métier que d'être belle femme, 
Et que c'est le travail banal 
De la danseuse folle et froide qui se pâme 
Dans un sourire machinal ; 

Que bâtir sur les cœurs est une chose sotte ; 
Que tout craque, amour et beauté, 
Jusqu'à ce que l'Oubli les jette dans sa hotte 
Pour les rendre à l'Éternité!» 

J'ai souvent évoqué cette lune enchantée, 
Ce silence et cette langueur, 
Et cette confidence horrible chuchotée 
Au confessionnal du cœur. 



CORRESPONDANCES (Charles Baudelaire)


La Nature est un temple où de vivants piliers 
Laissent parfois sortir de confuses paroles; 
L'homme y passe à travers des forêts de symboles 
Qui l'observent avec des regards familiers. 

Comme de longs échos qui de loin se confondent 
Dans une ténébreuse et profonde unité, 
Vaste comme la nuit et comme la clarté, 
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. 

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, 
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, 
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants, 
Ayant l'expansion des choses infinies, 
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens 
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens. 



DE PROFONDIS CLAMAVI (Charles Baudelaire)


J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime, 
Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé. 
C'est un univers morne à l'horizon plombé, 
Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème; 

Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois, 
Et les six autres mois la nuit couvre la terre; 
C'est un pays plus nu que la terre polaire; 
- Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois. 

Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse 
La froide cruauté de ce soleil de glace 
Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos; 

Je jalouse le sort des plus vils animaux 
Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide, 
Tant l'écheveau du temps lentement se dévide! 



ELÉVATION (Charles Baudelaire)


Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées, 
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers, 
Par delà le soleil, par delà les éthers, 
Par delà les confins des sphères étoilées, 

Mon esprit, tu te meus avec agilité, 
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde, 
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde 
Avec une indicible et mâle volupté. 

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides; 
Va te purifier dans l'air supérieur, 
Et bois, comme une pure et divine liqueur, 
Le feu clair qui remplit les espaces limpides. 

Derrière les ennuis et les vastes chagrins 
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse, 
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse 
S'élancer vers les champs lumineux et sereins; 

Celui dont les pensers, comme des alouettes, 
Vers les cieux le matin prennent un libre essor, 
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort 
Le langage des fleurs et des choses muettes! 



HARMONIE DU SOIR (Charles Baudelaire)


Voici venir les temps où vibrant sur sa tige 
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir; 
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir; 
Valse mélancolique et langoureux vertige! 

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir; 
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige; 
Valse mélancolique et langoureux vertige! 
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir. 

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige, 
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir! 
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir; 
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige. 

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir, 
Du passé lumineux recueille tout vestige! 
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige... 
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir! 


L'ÉTRANGER (Charles Baudelaire)


- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère? 
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère. 
- Tes amis? 
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu. 
- Ta patrie? 
- J'ignore sous quelle latitude elle est située. 
- La beauté? 
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle. 
- L'or? 
- Je le hais comme vous haïssez Dieu. 
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger? 
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!









II) A vous de jouer!!


Un grand merci à tous ceux qui ont ou qui vont écrire des poèmes! Ils sont mis ici par ordre chronologique.

1.

Pour un groupe fantastique
Qui n'est pas infesté de tiques
J'écris aujourd'hui
Pour vous dire merci
Merci d'exister et d'être là
Et puis voilà!

By JULIEB62610 un grand merci tu es la première à avoir écrit un poème !!!! 



2.

titre: Pourquoi pas toi?

Je t'étais fidèle je ne t'aurais jamais laissé tomber, pourtant c'est ce que tu as fait.
Je te suivais, endurais et pardonnais.Tu m'as brisé, cassé et ensuite abandonné
Dis-moi pourquoi je suis venu au monde si personne ne voulait de moi?
Pourquoi tu m'as abandonné?

by Delgaldia




3.
titre:Tout en haut...
 Là-bas j'avais peur personne ne semblait m'aimer.
 Si seulement tu étais venu me chercher. 
J'aurais peut-être été moins triste si ne n'avais pas été le seul à subir cette torture.
Mais maintenant je suis mieux la haut.
Toi tu ne m'aimes plus mes moi toujours dis-moi: Pourquoi m'as-tu abandonné?

by Delgadia




4.


titre:ce que j'ai souffert...
pourtant je ne suis pas le seul.je suis triste je t'attends jours après jours.je souffre je suis rendu vieux,laid et repoussant. personne ne veux me donner une seconde chance. 
Au fond de ma cage sale je me dis chaque jours: Pourquoi m'as-tu abandonné?

by Delgadia



5.

Les rêves 

Parfois les rêves passent 
Parfois même ils rêvassent 

Ils pensent à ce qu'il vont faire plus grand 
"Moi plus tard je serai rêve d'enfant !"

Parfois les rêves chantent
Parfois même ils mentent

C'est normal, ils sont grands
Ce sont des rêves d'enfants

Julie



6.

Histoire...

Histoire d'amour
Histoire d'un jour

Histoire de fées 
Histoire racontée 

Histoire de la terre
Histoire éphémère 

Histoire Géo
Malheur d'ado !

JulieB62610


7.

intitulé:la fin m'approche...
avant que ca arrive,avant que tu fasse cela s'en réfléchir,en me laissant souffrir le martir,ce n'était pas moin pire, les jours heureux était devenu rare.Tu me traitait de bon a rien,de batar,au fond peutetre que s'était toi.tu n'a pas eu de pitié. tu ne m'a pas vendu,déposer au réfuge ou meme donner.
mes tu aurais pu le faire. A la place tu m'a sorti de la voiture,tu est reparti.ce n'était pas tout tu a viré et tu m'a renversé.Pourquoi?
pourquoi m'a tu abandonner?

Delgaldia



8.

Par mes paroles, tu en as rêvé
Par tes paroles, je l'ai exploré
Et oui ! C'est bien de ce monde parfait
Que je te parlerai
Il est beau et grand
Par dessus tout il est changeant
Vert au printemps
Il est comme l'oiseau chantant
Tu le parcours 
Chaque jours
L'endroit est plein d'or bleu
Qui brille sous nos yeux
Ah quelle est belle notre Terre
C'est le plus beau bijou de notre ère

 Julieb62610






9.


Rage

Derrière les barreaux de ma cage
Il y a moi, plein de rage
Ils m'ont fait croire au bonheur 
Mais pourtant, sans rancœur 
Ils m'ont laissé là 
Devant les portes de la LPA

Pourquoi
?

Je ne leur ai rien fait, moi ! 
Peut-être qu'ils ne m'aimait plus ou pas 
Mais jamais dans cette vie là 
Je n'ai vu quelque chose comme ça
Des maîtres aussi irresponsables que ça

Julieb62610






10.


La prière du chien


Seigneur mon maitre dont je partage la destinée, ma fidélité n'est pas mesurée aux commodités de ta demeure, ni a la patée que tu me réserve.Je garde ta maison comme la mienne qu'elle soit de planches ou de marbre.Je te suis ou tu veux, fais ce que tu m'ordonnes et tout est facile et agréable quand tu me montre de l'amitié.Car plus que les biens que tu as ou que tu m'assures ou ne peux m'offrir. J'apprécie la caresse amicale de ta main et ton regard confiant.Montre moi souvent que je compte un peu pour toi, Seigneur mon maitre qui es tout pour Moi.

Delgaldia.


11. Vide

Tout n'est que noir,
Tout n'est que déboire,
Ce qui étais autrefois lumière,
Ne se reflète même plus dans un verre.
Je me noie,
Dans cette eau que tout le monde boit,
Parce que "Espoir" ne veut plus rien dire,
Et que le vide va s'ouvrir.
Je suis ce qui est vide de sens qu'on atteigne,
Il est grand temps qu'on m'éteigne. 

Maelis.


12. Les larmes de l'assassin

Je suis une assassin...
Je me noie dans le regret amère,
J'attends silencieusement la fin,
La mort si l'on préfère.
J'ai perdue ma raison de vivre,
Ma lumière si vive,
Pourtant, bien que maladroitement, 
Tu m'a tendu la main maintenant.
Malgré tes crises de colères,
Malgré tes grands airs,
J'ai vu tout autre chose que la haine,
Mais j'ai bien peur que mes tentatives soient] [vaines.
Je ne pourrais te dire à quel point je t'aime,
Mais tu m'ignore et j'en demeure blême...
Pourtant, tu sais, je t'aime.

Maelis.






Merci à tous ceux et celles qui ont si gentiment accepté de m'envoyer leurs poèmes, j'espère continuer à en recevoir souvent, ce sont les fleurs de cette belle fiche (du moins à mon goût), donc merci à vous !!!! :kiss:

III) 


IV) Arts: musique, peinture, cinéma, littérature...


V) Citations-proverbes


"Il n'y a que deux choses qu'on puisse transmettre à nos enfants: des racines, et des ailes" (proverbe populaire)



Fin !!




                                                                                     
                                                                                     
                                                                                                   by Lima6





                                                                                    Merci de votre visite et à bientôt!! 
                                               Revenez-vite car la fiche aura très souvent de nouvelles modifications !!



                                                                                                                                                                                  Bisous de Lima6 

Il y a une citation que je fait souvent :
Rien ne sert de courir il faut partir à loin (Jean de la Fontaine)

Il y a 6 ans, 484 h et 16 min

*à poin

Il y a 6 ans, 484 h et 15 min

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